Poison city / Tetsuya Tsutsui

En 2019, le Japon se prépare à recevoir les Jeux olympiques. Cette préparation inclut notamment de présenter une image « honorable » au monde. Aucun moyen d’expression n’est épargné par cette vague de puritanisme et notamment les mangas. Mikio Hibino est un jeune mangaka, un peu en marge de l’actualité. Encore à ses débuts, il présente un projet de manga d’horreur à son éditeur. Emballé, ce dernier va décider de le publier. S’en suit des difficultés dont Mikio ne soupçonnait pas l’importance. Le deuxième et dernier tome de Poison city est sorti le 10 décembre dernier. Nous y retrouvons Mikio Hibino qui était confronté à un choix décisif pour sa carrière de mangaka : accepter de faire des concessions sur son manga d’horreur afin de passer au travers des mailles du filet de la censure ou rester fidèle à ses convictions au risque de voir son œuvre être qualifiée « d’œuvre nocive ».

On ne peut parler de ce manga sans évoquer le contexte dans lequel il a été créé. Tetsuya Tsutsui découvre en 2013 que son manga Manhole est censuré depuis 5 ans dans le département de Nagasaki. Ni lui ni son éditeur n’ont été prévenus par le comité. Ils n’ont donc eu aucune occasion de défendre leur titre. Cette expérience a inspiré à l’auteur ce superbe manga sur la censure et la liberté d’expression.

Le premier tome de Poison city pose vraiment le cadre de l’histoire : présentation de Mikio et de son manga Dark Walker, aperçu du monde de l’édition manga et fonctionnement de la censure. Dans le deuxième tome, l’auteur ne nous laisse pas de répit. Mikio doit prendre une décision et assumer les conséquences qui tombent très vite. C’est l’occasion pour Tetsuya Tsutsui de mettre en avant les différents discours autour de la censure et un vrai plaidoyer : un manga pour dénoncer le contrôle de l’édition manga, un engagement pour la liberté d’expression et de création artistique. L’auteur a repris la même procédure de censure que celle utilisée par le comité de Nagasaki. L’ampleur que prend le phénomène ainsi que les mesures prises par la Commission font froid dans le dos…. L’insertion de planches de Dark Walker nous permet de nous faire notre propre opinion et d’avoir l’ensemble du contexte pour mieux considérer l’absurdité et la dangerosité de ces comités de censure puritains.

Cette série en deux tomes est un manga personnel et extrêmement fort. Une intrigue rythmée, actuelle et engagée, des illustrations dynamiques et travaillées : Poison city est une des parutions manga 2015 à ne pas manquer !

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