Là où tombent les anges / Charlotte Bousquet

Là où tombent les anges

En 1912, Solange, dix-huit ans, décide de monter à Paris pour fuir son père violent. Elle y rejoint Lili, sa meilleure amie, qui court les cabarets. Encore timide et un peu perdue dans la capitale, Solange va faire la rencontre de Robert. Malgré l’absence de sentiments, la sécurité et le confort qu’il lui propose vont la convaincre d’accepter le mariage. Coincée entre ce mari imposant et sa vieille tante acariâtre, Solange étouffe sans songer à se libérer. En 1914, la Première Guerre mondiale éclate et les hommes sont envoyés au front. La vie parisienne va alors s’organiser au féminin.

Attirée par la quatrième de couverture, je suis contente d’avoir attendu un peu pour découvrir ce roman en ayant oublié le résumé. Là où tombent les anges est un roman dense qui aborde beaucoup de thèmes et où les femmes ont la part belle : le rôle et la place des femmes dans les années 1910, la vie parisienne de l’époque, l’amour, la guerre de 14-18, le rôle des femmes dans cette guerre, les difficultés des civils à l’arrière, mais aussi les violences faites aux femmes.  Charlotte Bousquet alterne son récit avec des coupures de presse, des extraits de romans ou d’essais de l’époque, des lettres échangées entre les poilus et leurs femmes ou amies, et le journal de Solange. J’ai beaucoup aimé ce choix qui aide à se mettre dans le contexte de l’époque.

Solange, notre héroïne, peut parfois sembler trop passive mais je pense que cela reflète bien l’emprise que peuvent exercer certaines personnes. Malgré cela, Solange ainsi que toutes les femmes qui gravitent autour d’elle et que nous suivons aussi sont attachantes. Elles ont chacune leur caractère et cela permet à tout le monde, je pense,  de s’y retrouver. Elles m’ont toutes émue : Clémence et ses lettres d’amour si touchantes, Lili et sa gouaille parisienne qui cache aussi une certaine sensibilité, Tante Emma et ses secrets pour ne citer qu’elles.

Il est difficile de parler de ce livre en abordant tout ce que l’auteur a pu soulever, évoquer, parfois nous laisser juste apercevoir, et il serait dommage de tout en dévoiler aussi. Cette lecture m’a beaucoup plu ; elle m’a surprise et émue, je n’en attends pas moins d’un roman… Je suis curieuse désormais de découvrir d’autres titres de cette auteure.

Challenge jeunesse

Challenge Jeunesse & Young Adult #5 : 3/20

Publicités

Le Cœur du pélican / Cécile Coulon

Coeur pélican

Les parents d’Anthime emménagent dans une banlieue sans histoire ni caractère. Ce dernier est un petit garçon comme les autres, jusqu’au jour où il se démarque par sa rapidité à la course lors d’un jeu. Les enfants du quartier l’acclament et l’acceptent parmi eux. Toujours sous la protection de sa sœur Helena avec laquelle il entretient une relation aussi fusionnelle qu’ambigüe, Anthime va rapidement connaître la notoriété. Repéré par l’entraîneur local, il va s’abandonner totalement dans la course : le Pélican est né. Son quotidien est rythmé par les heures d’entraînement : Anthime est seul dans l’effort, tourné vers un seul objectif, la victoire. Mais ses tendons malmenés d’adolescent vont le trahir en pleine course. Le Pélican est à terre et ne s’en relèvera pas. La défaite est amère : Anthime abandonne ses ambitions, son amour pour Béatrice et son succès. Vingt ans plus tard, le Pélican ne sera plus qu’un souvenir et il se contentera d’une vie ennuyeuse et médiocre. Mais la colère et la rage, que les moqueries d’anciens camarades vont réveiller, sont toujours présentes au fond de lui.

Dans une écriture travaillée, percutante et violente, Cécile Coulon nous livre le portrait d’un homme prisonnier de son rôle de grand sportif idéalisé par son public mais aussi de sa quête de gloire. L’envers du décor est bien loin de l’image que s’en fait le public : difficulté de l’effort, sacrifice de la vie personnelle à un âge important pour la vie sociale, souffrance physique… Cet investissement semble d’autant plus fou qu’Anthime ne s’est pas engagé pour l’amour du sport mais pour la gagne. « Les gens ne se battent pas pour qu’on soit fiers d’eux, les gens ne se battent pas pour mourir dignement. Les gens se battent pour gagner. » La chute en sera d’autant plus violente et humiliante. Le choix du pélican y est très symbolique : animal du sacrifice et de la piété, il offre son cœur pour nourrir ses petits ; tout comme le sportif s’offre à ses admirateurs. Bien qu’Anthime soit au centre du roman, les personnages dans leur ensemble sont travaillés et chacun a voix au chapitre. Le narrateur omniscient cède la place aux personnages. Cette alternance des points de vue est intéressante et donne de la profondeur au récit et aux personnages. L’auteur nous propose une vision sombre de la nature humaine, si proche de l’animalité, qu’elles se confondent parfois.

Un roman intense et violent dans lequel l’auteur développe de nombreuses thématiques (sport, animalité, inceste, amour, quête de soi…). Même si les personnages ne suscitent pas d’empathie chez le lecteur, la narration vous emmène et vous porte au bout de cette lecture. Une écriture puissante et prometteuse.

Amelia / Kimberly McCreight

Amelia

Amelia vit seule avec sa mère Kate à New York dans un quartier plutôt « bobo-chic ». Elle a 15 ans et fréquente le lycée privée Grace Hall. Kate et Amelia sont très proches et ont trouvé leur rythme de vie malgré la vie professionnelle chargée de Kate. Cette dernière va voir sa vie basculer le jour où le lycée l’appelle pour un problème de discipline. Le temps de se rendre à Grace Hall, on lui apprend qu’un accident a eu lieu : Amelia a sauté du toit du lycée. La vie de Kate bascule dans le chagrin et la culpabilité. Comment n’a-t-elle pas pu percevoir la détresse d’Amelia ? Alors qu’elle tente de faire son deuil, un texto anonyme remet tout en question : « Amelia n’a pas sauté. ». Bouleversée, Kate va mener l’enquête et entrer dans l’intimité de sa fille pour découvrir la vérité.

Un premier roman vraiment réussi qui aborde l’adolescence et ses difficultés. On s’attache très rapidement aux personnages et le rythme du roman vous entraîne sans cesse à tourner les pages pour, chaque fois, faire de nouvelles découvertes. Le suspense est bien dosé et quelques révélations sont véritablement inattendues ! L’auteure a su garder le mystère et les différentes pistes ne sont écartées qu’au dénouement. Ce roman aborde plusieurs aspects du malaise adolescent avec justesse, sans tomber dans la caricature. Au fil du récit, les pistes se multiplient et le roman gagne en profondeur. On alterne entre des passages narratifs (suivant Kate ou Amelia), des mails et des échanges de texto, et également quelques statuts Facebook d’Amelia qui se glissent ça et là. Je ne suis pas toujours très convaincue par ce procédé mais je l’ai trouvé très efficace dans ce roman. Peut-être parce que l’auteure a su garder un bon équilibre mais surtout parce que cela apporte une vraie valeur ajoutée à l’intrigue.

Ce roman avait attiré mon attention à sa sortie et je n’ai vraiment pas été déçue, bien au contraire. J’ai été agréablement surprise d’être aussi séduite et j’ai vraiment passé un très bon moment de lecture.

Six jours / Ryan Gattis

Six jours

En 1992, les policiers ayant passé à tabac Rodney King ont été acquittés. L’injustice met alors le feu aux poudres et Los Angeles va connaître six jours d’émeutes, du 29 avril au 4 mai. Ces six jours vont transformer Los Angeles en une véritable zone de guérilla urbaine. La loi du plus fort devient la seule règle en ville et les gangs vont profiter de ce désordre total pour régler leurs comptes. Les tensions entre les gangs chicanos sont exacerbées. Le premier jour des émeutes, Ernesto Vera, qui s’est toujours tenu à l’écart, est massacré sur le territoire du gang d’un certain Big Fate. Les évènements vont alors se succéder dans la confusion et le chaos ambiant de Los Angeles. Dix-sept personnes vont tour à tour nous donner leur histoire, leur témoignage de ces jours de folie.

Six jours est un roman choral violent, rude, à l’image de la vie dans ces quartiers défavorisés de Los Angeles où les gangs règnent en maître. Sur ces six jours, Ryan Gattis va donner la parole aux membres de gangs, à des pompiers, des infirmières, des habitants du quartier… Les règlements de compte vont s’enchaîner. La tension s’accumule au fil du récit et l’on pressent que malgré les vengeances, quelque chose de plus violent encore se trame. Je trouve que l’histoire prend vraiment son rythme dans la seconde moitié du roman, peut-être parce qu’il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer au langage parlé et aux changements de tons selon les personnages. Suivre tout un chapitre au rythme d’un camé complètement défoncé demande une certaine attention ! Mais malgré cela, ma curiosité a été piquée et l’on se retrouve à ne pouvoir lâcher le roman avant la fin. La toile d’araignée reliant tous les différents personnages se tissent au fil du récit et l’on se prend au jeu de dessiner les liens et les enjeux. C’est un roman noir intriguant qui m’a fait découvrir l’envers du décor des émeutes de Los Angeles.

Je remercie les éditions Fayard de m’avoir permis de découvrir ce roman qui m’a fait passer un bon moment de lecture.