Les Promesses / Amanda Sthers

Les promesses

Amanda Sthers nous livre l’histoire d’Alexandro, ou Sandro pour les hommes de la famille, entre souvenirs d’enfance et introspection de l’homme d’aujourd’hui. Sandro est un petit garçon qui grandit entre une mère française d’origine modeste et un père italien dont la famille a fait fortune. Un évènement tragique va bouleverser sa vie de petit garçon et continuera de marquer sa vie d’homme. Sandro deviendra un homme pétri d’ennui par son mariage et ses enfants mais son quotidien ronronnant va voler en éclat avec une rencontre « fracassante » portant le nom de Laure.

L’auteure s’est glissée dans la peau d’un homme dans ce roman écrit à la première personne pour parler de l’amour au masculin. L’exercice est plutôt réussi à mon sens même si le personnage d’Alexandre est loin de représenter toute la gent masculine évidemment. Néanmoins, j’ai eu du mal à vraiment m’attacher au personnage. Sandro fait des détours en pensant déjouer le destin et échapper à celui de son père ou grand-père. C’est un personnage assez égocentrique qui fait beaucoup de mal autour de lui en ne cherchant qu’à vivre ses désirs. Malgré ce manque d’empathie, ce parcours d’homme est intéressant : l’impact de la vie du petit garçon, les attentes qui pèsent aussi sur les hommes et les promesses que l’on se fait tout au long d’une vie, non tenues ou pas à la hauteur…

La quatrième de couverture et des critiques m’avaient rendue curieuse de découvrir ce roman. Ce fut une bonne lecture et je pense que de nombreux lecteurs y trouveront beaucoup de plaisir mais un peu décevante pour moi.

Nos âmes seules / Luc Blanvillain

Nos âmes seulesClément travaille à La Défense dans une entreprise d’informatique appelée Vogal. Il s’investit entièrement dans sa carrière, mobilisant toute son énergie à être le plus performant. Il trouve soutien et conseil auprès de sa copine Myriam, toute aussi investie dans le travail. Meryl est une jeune fille angoissée, hypocondriaque et névrosée. Paralysée par la peur, elle survit plus qu’elle ne vit. La jeune Meryl est bien loin des codes sociaux tandis que Clément est formaté par son environnement professionnel. Ils vont se croiser par hasard un jour dans les locaux de Vogal. Cette rencontre qui semble anodine et éphémère va prendre une toute autre tournure.

Après des romans pour la jeunesse, Luc Blanvillain nous propose une incursion dans le monde du travail actuel. Il m’a fallu un peu de temps pour m’attacher aux personnages et entrer dans l’histoire. On cerne assez rapidement leur caractère mais l’ambition de Clément et la névrose de Meryl ne m’ont pas tout de suite mise en empathie… Néanmoins, on se prend au jeu : on est intrigué par la tournure que prennent les évènements, on s’habitue au double langage qui règne chez Vogal et on tente de décoder les intentions des uns et des autres. Je suis tout de même un peu restée sur ma faim. Le dénouement reste très ouvert, laissant beaucoup de questions en suspens. En général, j’aime bien quand l’auteur nous laisse une petite « marge d’imagination ». Mais la marge est vraiment large ici et je me suis sentie un peu abandonnée par les personnages ! Malgré ces petites déceptions, c’était une lecture agréable, surprenante et intéressante.

Profession du père / Sorj Chalandon

Profession du père

Sur la fiche de renseignement distribuée à la rentrée des classes, Émile ne sait ce qu’il doit renseigner : agent secret, conseiller du général de Gaulle, ancien chanteur… ? Dans cette famille dominée par un père paranoïaque, violent, mythomane, Émile dit Picasso tente de grandir et se construire tout en cherchant à faire la fierté de son père. Lorsque la guerre d’Algérie éclate, il sera alors élevé comme un membre de l’Organisation, un rebelle, par son père. Entraînement et missions rythment la vie du collégien.

Ce roman autobiographique n’est pas écrit avec haine, colère ou amertume. Malgré les épreuves traversées et les marques laissées par cette éducation, l’auteur nous raconte son histoire avec paix et sérénité. À la lecture, on ressent qu’il ne s’agit pas d’un règlement de comptes ou d’un « livre-thérapie ». C’est un homme marqué bien sûr et avec de terribles bagages mais apaisé. L’apitoiement n’a pas sa place dans l’écriture mais l’émotion est bien présente. C’est une histoire saisissante d’une enfance volée. Saisissante par la violence de ce quotidien mais aussi par l’amour de ce petit garçon pour ses parents, envers et contre tout. Un beau roman de la rentrée littéraire à découvrir.

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air / Darragh McKeon

Tout ce qui est solide se dissout dans l'airVoilà un premier roman vraiment prometteur !

Darragh McKeon nous fait vivre la catastrophe de Tchernobyl à travers le regard de plusieurs personnages. De milieux différents et n’ayant pas tous le même niveau d’information, ils sont chacun témoins de cet évènement sans précédent. Le premier sentiment qui m’est venu est l’incrédulité. Lorsque les techniciens cherchent dans leur manuel comment réagir à une telle anomalie et qu’ils découvrent que les pages ont été noircies, on se dit qu’on ne peut s’attendre qu’au pire pour la suite. Ce fut la première catastrophe nucléaire certes mais penser que le système, au sens large, ne pouvait faillir en aucun cas laisse apercevoir un fossé sociétale et politique incroyable. Il m’a fallu avancer un peu dans la lecture pour m’attacher réellement aux personnages. La mise en place est un peu longue mais n’est pas rebutante pour autant. La curiosité du lecteur est tout de même piquée et l’émotion fait très vite le reste ! Une profonde tristesse teintée parfois de résignation et de désarroi parcourt les lignes et l’on imagine aisément les visages des personnages se creuser au fil du récit.

L’écriture de Darragh McKeon est très travaillée et ne tombe absolument pas dans la caricature. Triste sans être pathétique, c’est un très beau roman dans lequel la poésie vient adoucir un décor dévasté.

Le Testament de Marie / Colm Toibin

Le Testament de Marie

Deux anciens compagnons de son fils sont présents chaque jour pour la surveiller, l’écouter et surtout recueillir le « témoignage » dont ils ont besoin. Mais elle refuse de se soumettre et va délivrer ses souvenirs, sa version de l’histoire. Que sa vérité soit dite au moins une fois avant qu’elle ne s’éteigne.

Colm Toibin nous livre un très beau portrait de Marie de Nazareth, femme digne, mère courageuse mais aussi désemparée. Elle nous raconte l’histoire de ce fils qu’elle a perdu au fil de son périple, entouré de ces « égarés ». C’est une nouvelle facette de l’histoire, vue à travers les yeux de cette mère. On s’éloigne de la légende pour parler d’une femme et de ses choix, de ses doutes, ses forces et ses faiblesses. L’écriture est intense, parfois poétique. L’auteur nous emmène vraiment au cœur des émotions sans emphase ni circonvolutions. C’est un texte court où chaque mot tombe juste. Il n’a pas de place pour des phrases superficielles ce qui participe à l’intensité de cette lecture.

J’ai vraiment été agréablement surprise par ce roman. Si l’auteur était un gage de qualité, je n’étais vraiment pas convaincue par l’idée que l’histoire puisse me toucher. Finalement, la légende s’efface pour faire place aux personnages et à leur condition et le récit à la première personne renforce vraiment le sentiment de proximité et l’empathie que l’on peut ressentir. Un texte sensible et fort pour cette rentrée littéraire 2015 et qui aura j’espère l’attention qu’il mérite !

Je remercie encore le site Lecteurs.com et leur évènement Les Explorateurs de la rentrée littéraire pour l’envoi de ce livre.